Projection commentée par Caroline Planque et proposée par l'association Accolade

Alors que la France vient de fêter les 45 ans de l’abolition de la peine de mort, les États-Unis ont récemment fait la une des journaux avec l’exécution ratée de Christa Pike, qui a survécu à deux doses d’injection léthale. Depuis 1973, 1684 condamnés ont été exécutés et 203 personnes exonérées.
Caroline Planque, originaire du département du Cher, a vécu vingt ans aux États-Unis, dont quatre années au Texas, où elle a obtenu son Master of Arts in photojournalism à l’Université du Texas à Austin. C’est lors de ses études qu’elle réalise la prédominance de la peine capitale dans l’État du Texas, l’un des plus actifs dans la nation, ainsi que la relative indifférence du public et la méconnaissance de ce dernier face à ce sujet, pourtant repris et utilisé ad nauseam lors des campagnes politiques et élections.
S’ensuit alors un long travail documentaire d’exploration qui s’étalera sur une dizaine d’années. Il commence par sa rencontre avec Christopher Coleman, condamné à mort en 1997 et exécuté en 2009. L’examen minutieux de son dossier lui ouvre les yeux sur les défaillances du système judiciaire américain. Lors de ses visites au centre carcéral Polunsky à Livingston, elle rencontre les proches et écoute les histoires de nombreux autres condamnés. L’idée du projet est née et la mène à rencontrer et interviewer une trentaine d’individus de tous bords : proches des condamnés, mais également juge, avocats, détective privé, directeur de prison, aumônier, familles de victimes.
Il en ressort un constat accablant : la peine de mort est appliquée de façon arbitraire ; la probabilité d’être condamné à mort relève beaucoup plus du statut social que de la gravité de la faute commise ; des individus innocents peuvent être exécutés tant qu’aucune violation constitutionnelle n’a été démontrée dans le traitement de leurs appels ; la peine de mort n’est pas dissuasive et coûte plus chère que la prison à vie. Personne ne ressort indemne d’une condamnation à mort : que ce soient les proches du condamné, les juges, le personnel de la prison, le bourreau, les avocats, les familles des victimes, tous porteront à vie, et à différents degrés, les stigmates de cette décision.